Procès
Ouyehia : Fin tragique d’un crack de la politique!
Le cas de Si Ahmed Ouyehia est une tragédie
Grecque au sens propre du terme. N'en déplaise à certains, et là je ne
m'attends vraiment pas à une compréhension de tous les participants à ce fil
d'actualité tout en respectant tous les avis et les commentaires, je maintiens à
dire que son parcours est un gâchis avéré; c’est l’un des hommes politiques que
l’Algérie a enfanté dont la notion de « technocrate » semble avoir été
créée pour son profil. Comment un homme d’état avec un tel parcours et une telle
intelligence a pu se laisser embarquer dans la gabegie d’un certain Abdelaziz
Bouteflika qui l’a mené à sa perte.
Pour ceux qui suivent mes publications, dès l’annonce
du retour de Bouteflika aux affaires dans un contexte des plus dramatiques dans
l’histoire de l’Algérie moderne, j’ai toujours dit et maintenu que cet homme ne
pouvait être sincère, sinon comment expliquer que quelqu’un puisse assumer la
responsabilité d’une situation de chaos dont les conséquences, à ce moment-là,
pouvaient mener à l’effondrement de l’état- nation tout bonnement. J’ai
toujours cru, à tort ou à raison, que les raisons qui ont amenés l’ex-président
Bouteflika à revenir aux affaires, après une traversée du désert de 20 ans, ne
pouvaient qu’être motivées par un égo morbide et un besoin quasi vital de se
venger d’un peuple dont il a une haine viscérale et insatiable.
Essayer de comprendre, à notre humble niveau,
le cas « Bouteflika » pourrait nous donner un semblant de réponse sur
l’aboutissement de la carrière d’un des hommes politiques les plus brillants de
sa génération et, sans doute, dans l’histoire de ce pays, qui malgré toute son
intelligence, clairvoyance, et machiavélisme s’est laissé embarquer dans une
spirale de mensonge d’état,- aveuglé par le Momentum d’une ascension fulgurante,
et par l’assurance de la pérennité d’un « clan » au pouvoir assurant
l’impunité à toute épreuve.
Le point de non-retour dans la carrière de Si
Ouyehia fut, sans aucun doute, la période 2013-2014 au moment où il fut mis au
placard durant une année juste après avoir révélé ses ambitions présidentielles,
- avant même la fin du deuxième mandat de Bouteflika. Accepter de d’occuper le
poste de secrétaire général de la présidence fut un guet-apens dans lequel
Bouteflika lui a tendu, et dans lequel il s’est engouffré sciemment. Son rappel
pour un poste à la présidence, à mon humble avis, n’était qu’un stratagème pour
l’avoir sous la main, et réduire sa marge de manœuvre, concrétisant l’adage qui
dit d’être proche de ses amis, et encore plus proche de ses ennemis, - dixit
Francis Ford Coppola. En acceptant le poste en question, Ouyehia se savait piégé,
mais quelles étaient les raisons qui ont fait qu’il accepte de se marcher vers
ce piège, lui un fin tacticien.
Les révélations, et autres indiscrétions, des
transcriptions des audiences font état de malversations, et par-dessus tout, de
sommes faramineuses dans l’un de ses comptes bancaires, de l’ordre de 30 milliards
de centimes, dont il ignorait l’existence, tout en étant incapable de justicier l’origine : Pour un
homme doté d’une mémoire photographique qui donnait, devant le parlement et les
organes de presse, les chiffres des différents secteurs de l’état de mémoire et
sans l’aide d’un quelconque support.
Le stratagème de Bouteflika avec lequel il piégeât
bon nombre de hauts commis de l’état dont certains se retrouvent derrière les barreaux
est en fait vieux comme le monde : Le célèbre journaliste Gilles Perrault dans
son fameux livre ‘’ Notre ami le roi ‘’ (1) révélait que feu Hassan II, le
défunt roi du Maroc, lui a déclaré, lors d’un entretien, qu’il nommait expressément
des ministres qu’il savait corrompus qu’ils maintenait en poste ce qu’il lui
assurait leur totale fidélité, et une loyauté aveugle.
Bouteflika a usé du même artifice en nommant des
ministres corrompus dont le seul critère n’était que la loyauté à sa personne
au dépend de toute autre considération. En vingt années de règne, a ‘’utilisé’’
les mêmes ministres en alternant leur ministère respectif. Une fois dans le
rouage, ils étaient pris au piège : La seule alternative qui leur restait
était de cautionner toute gabegie tout en se sucrant au passage.
Qu’est-il reproché à Monsieur Ouyehia dans l’un
des innombrables procès? Le titre majeur est sans doute la corruption! Dès le deuxième
mandat de Bouteflika, on a assisté à l’initialisation de la corruption à tous
les niveaux de l’état, et surtout à son sommet.
On entend dire que la défense de Monsieur
Ouyehia se base sur des considérations de procédures judiciaires quant à la
compétence de la cour de Sidi M’Hamed de juger les mis en cause, mais surtout
et avant tout sur la nature du système politique. En effet, la défense de M. Ouyehia,
comme celle de M. Sellal d’ailleurs, évoque le fait que leur client respectif
occupait le poste de chef de gouvernement dans un système présidentiel dans
lequel toutes les décisions émanaient de la personne du président dont les désirs
étaient des ordres. Nonobstant leur responsabilité politique, cet argument ne
peut représenter un quitus car ils pouvaient se retirer en remettant leur démission,
- comme fut le cas pour certains ministres lors du premier et deuxième mandat. Lors
de leurs auditions, il a été reporté que les accusés s’accordaient à dire qu’ils
ne pouvaient « démissionner » car en réalité les affaires dont ils étaient
impliqués les a piégés à tel point que « démission » voulait dire poursuites
judiciaires et accusations automatiques.
Les accusés, lors de leurs auditions, s’accordaient
à dire que je cite « …SOUS LE RÈGNE DE BOUTEFLIKA, IL N’Y AVAIT NI
POUVOIR JUDICIAIRE NI POUVOIR LÉGISLATIF. LE SEUL POUVOIR EXISTANT ÉTAIT CELUI
DU PRÉSIDENT… », ce que tout Algérien en âge de comprendre savait, mais
pourquoi ne pas avoir claqué la porte pour se démarquer des pratiques des « cercles
occultes » dont tous les accusés font référence. Comment un Sellal peut
déclarer qu’il ne faisait qu’appliquer les directives du président.
Les déclarations des anciens chefs du gouvernement
nous ramènent à la question de la responsabilité politique des accusés et surtout
le statut, dans ce processus, de celui qui reste le premier politique de la situation
actuelle à sa voir Monsieur Abdelaziz Bouteflika. Même si son état de santé n’est
plus à présenter, il devrait faire face à la justice même à titre symbolique
pour marquer un changement des pratiques, et pour que ça serve de jurisprudence
pour l’avenir.
On s’entend que légalement, seule la Haute
Cour de l’État est habilitée à juger un président de la République. Or,
cette juridiction spéciale — dont la mise en place est prévue par la loi
organique annoncée dans l’article 177 de la Constitution et qui a pour mission
de « déterminer » les actes de « hautes trahison » et
« des crimes et délits » commis par le chef de l’État ou le Premier
ministre dans l’exercice de leur fonction — n’a d’exitance que de façon théorique.
Il semble que les raisons d’ordre politique
font que l’ancien chef de l’état soit épargné par le cours de la justice sinon
comment expliquer que l’on juge des chefs de gouvernement qui ne faisaient qu’appliquer
le programme du président, tout en gardant à l’esprit que c’est le président
qui les a nommés. Même si l’état de santé
de l’ancien président de la République ne lui permet pas de se défendre,
sa convocation est obligatoire en tant que premier responsable de la
destruction morale, et économique du pays.
On a tendance à oublier que le programme de
Monsieur Bouteflika dont Messieurs Ouyehia et Sellal se sont attelés à
appliquer fut voté à l’Assemblée Nationale par les députés du peuple qui
endossent, à leur tour, la responsabilité historique de la décadence morale, et
du chaos économique et financier du pays. Ils sont partie prenante dans la
situation actuelle du pays car ils ont donné un cadre légal à un programme de
dilapidations des deniers publiques. Certes, ils ne peuvent se dédouaner en
évoquant le seul fait qu’ils n’étaient que simples exécutants car ils avaient
le choix et la liberté de démissionner pour se démarquer de cette politique destructive.
Comment les deux ex-chefs du gouvernement
peuvent-ils dirent qu’ils n’avaient aucune responsabilité dans l’attribution
des marchés, de l’automobile en particulier, alors que du fait de leur poste
ils occupaient le rôle de chef du CNI, - Conseil National d’Investissement. Pour
rappel, Le CNI est placé sous l’autorité du Chef du
Gouvernement qui en assure la présidence. Ses travaux sont sanctionnés par des
décisions, des avis et des recommandations. En 2006, il y a eu un redéploiement
institutionnel qui a renforcé le CNI dans son rôle stratégique. L’action de ce
conseil s’exerce, depuis, en matière de décisions stratégiques relatives à
l’investissement et en matière d’examen des dossiers d’investissements
présentant un intérêt pour l’économie nationale.
En guise de conclusion, je pense que si l’on
veuille être juste et légaliste, les deux mis en cause, Messieurs Ouyehia et
Sellal, ne devraient en aucun cas être des boucs émissaires, malgré leur responsabilité
avérées, car le chaos économique et financier de la politique des vingt
dernières années incombe aux ministres de tutelles, aux chefs de départements,
aux chefs de projets de ces ministères, aux députés, à travers leur chefs de
blocs parlementaires, et ipso-facto tout ce beau monde devrait être convoqué
par la justice. Les griefs retenus contre les « investisseurs » devraient
se limiter à la problématique de la TVA dans le sens ou ils furent exemptés de
cette taxe alors que lors de la vente ils la chargée aux consommateurs pour l’empocher.
Ils peuvent être jugés pour d’autres entraves à la législation, mais qu’on ne
les jette pas en pâture juste pour donner l’illusion d’une nouvelle justice. Pourquoi
les inculper d’avoir profité d’une politique absurde et de textes de lois à leur
avantage, - advenant que l’on ne parle pas de corruption ou tentative de
corruption de leur part.
Salah Eddine Chenini



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